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La Fed maintient les taux stables tandis que Powell gère l'inflation, la politique et les risques du marché
La "pause" de la Fed est un jeu stratégique : pourquoi la prudence de Powell signale une bataille économique plus profonde
Dans une décision très attendue, la Réserve fédérale a décidé de maintenir les taux d'intérêt inchangés à 4,25-4,5 %, marquant une position prudente dans un contexte économique en évolution. Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a souligné que la banque centrale n'était pas pressée d'ajuster sa politique, signalant une approche délibérée visant à équilibrer la maîtrise de l'inflation et la stabilité économique. Mais sous la surface de cette décision apparemment neutre se cache une stratégie complexe, qui révèle la bataille tacite de la Fed contre la psychologie du marché, les pressions politiques et les risques imminents d'inflation et d'instabilité économique.
Position de la politique de la Réserve fédérale : une pause calculée
Le Comité fédéral de l'Open Market (FOMC) a voté à l'unanimité le maintien de la fourchette actuelle des taux d'intérêt, après trois baisses consécutives des taux plus tôt dans l'année. Cette décision reflète la confiance de la Fed dans l'étalonnage actuel de sa politique, que Powell a décrite comme "très bien étalonnée" pour atteindre son double objectif de stabilité des prix et de plein emploi.
L'affirmation de Powell selon laquelle la Fed se situe "nettement au-dessus" du taux neutre – un niveau théorique qui ne stimule ni ne freine la croissance économique – souligne l'engagement de la banque centrale à maintenir une politique monétaire restrictive. Toutefois, cette position ne concerne pas seulement les taux ; il s'agit d'une manœuvre stratégique visant à maintenir une certaine flexibilité dans un paysage économique incertain.
Évaluation économique actuelle : l'inflation et l'emploi au centre des préoccupations
La dernière évaluation de la Fed indique que l'économie progresse vers son objectif d'inflation de 2 %, l'inflation restant "quelque peu élevée". Il est à noter que le FOMC a supprimé les références antérieures aux "progrès" vers cet objectif, une décision que Powell a qualifiée d'"exercice de nettoyage" plutôt que de changement de politique.
Sur le front de l'emploi, la Fed estime que l'économie a "largement atteint le plein emploi", ce qui suggère un marché du travail solide. Toutefois, cet optimisme est tempéré par les inquiétudes concernant la persistance de l'inflation et le risque que des chocs liés à l'offre ne perturbent la stabilité économique.
Contexte politique : Naviguer entre pressions et indépendance
La décision de la Fed intervient dans un contexte de pressions politiques croissantes, en particulier de la part du président Donald Trump, qui a appelé à des réductions importantes des taux. Les demandes publiques de Trump en faveur de taux plus bas et ses menaces de "le faire savoir" s'il n'est pas d'accord avec les actions de la Fed soulignent l'équilibre délicat que Powell doit trouver entre le maintien de l'indépendance de la banque centrale et la gestion des pressions extérieures.
Powell a toujours souligné l'approche axée sur les données de la Fed, réaffirmant son engagement à prendre des décisions fondées sur des indicateurs économiques plutôt que sur des exigences politiques. Cette fermeté est essentielle alors que la Fed se prépare à d'éventuels changements de politique sous une nouvelle administration.
Réaction du marché : le calme au milieu de l'incertitude
Les marchés financiers ont réagi avec un calme relatif à la décision de la Fed, le rendement des bons du Trésor à deux ans augmentant légèrement à 4,23 % et le rendement à dix ans restant stable à 4,55 %. Le S&P 500 et le Nasdaq Composite ont tous deux enregistré de modestes baisses de 0,5 %, reflétant la prudence des investisseurs plutôt que la panique.
Cette réaction modérée suggère que les marchés intègrent la position prudente de la Fed, mais les experts mettent en garde contre le risque que des risques sous-jacents – tels que les conditions de liquidité et les incertitudes géopolitiques – ne déclenchent une volatilité dans un avenir proche.
Commentaire des experts : une orientation belliciste avec des risques à long terme
Les économistes et les analystes ont proposé des interprétations variées de la dernière initiative de la Fed. Sarah House, de Wells Fargo, a noté que la déclaration de la Fed "penche un peu vers la ligne dure", indiquant une moindre inquiétude concernant le marché du travail. Parallèlement, Eswar Prasad, de l'université Cornell, a mis en garde contre des mois "extraordinairement difficiles" si l'inflation reste persistante dans un contexte de pressions politiques.
Brian Rose, d'UBS, a souligné l'importance de l'indépendance de la Fed, soulignant que la banque centrale est peu susceptible de céder aux demandes extérieures de baisses de taux. Ces réflexions soulignent l'équilibre délicat que la Fed doit trouver pour naviguer dans un contexte économique et politique complexe.
Le jeu stratégique de la Fed
La décision de la Fed de suspendre les ajustements des taux est plus qu'une mesure de politique monétaire : c'est un jeu stratégique dans une partie d'échecs économique et politique à enjeux élevés. Voici les véritables enjeux :
1. L'illusion de neutralité
L'accent mis par Powell sur une position politique "bien étalonnée" masque la véritable stratégie de la Fed : maintenir l'optionnalité. En maintenant des taux élevés sans les réduire brutalement, la Fed vise à gérer les anticipations d'inflation sans déclencher de panique sur les marchés. Cette approche permet à la banque centrale de pivoter rapidement si les conditions économiques se détériorent.
2. Liquidités et risques de marché
Malgré des taux plus élevés, les marchés ont bénéficié de conditions de liquidité souples, grâce aux manœuvres du Trésor et aux flux de capitaux mondiaux. Toutefois, ce redressement alimenté par les liquidités n'est pas durable. Lorsque la Fed finira par durcir les conditions, les marchés pourraient être confrontés à une volatilité importante, en particulier dans les secteurs surendettés tels que la technologie et la consommation discrétionnaire.
3. Pressions politiques et élections de 2024
L'indépendance de la Fed sera mise à l'épreuve à l'approche des élections de 2024. Une administration Trump potentielle pourrait pousser à des baisses de taux agressives, à des tarifs douaniers et à une expansion budgétaire, créant une euphorie à court terme sur les marchés, mais une instabilité économique à long terme. La Fed doit se préparer à ce scénario tout en maintenant sa crédibilité.
4. Le piège du "plus haut pour plus longtemps"
La politique restrictive de la Fed risque de déclencher un atterrissage brutal si elle est maintenue trop longtemps. L'augmentation des faillites d'entreprises, le ralentissement de la croissance des salaires et une base de consommateurs surendettée sont des signes avant-coureurs. Si ces tendances persistent, la Fed pourrait être contrainte de procéder à des baisses de taux d'urgence, ce qui nuirait à sa crédibilité.
5. Stratégies d'argent intelligent
Les investisseurs doivent se préparer à des marchés agités à court terme, avec des opportunités dans les opérations sur la volatilité et les obligations à longue échéance. Les marchés du crédit seront un indicateur clé de la prochaine initiative de la Fed, avec un élargissement des écarts de rendement élevé signalant des baisses de taux potentielles. À long terme, les couvertures contre l'inflation comme les matières premières et les actions de dividendes défensives pourraient surperformer.
Dernière réflexion : le numéro d'équilibriste de Powell
La position prudente de la Fed reflète sa tentative de passer une aiguille impossible : maîtriser l'inflation sans écraser la croissance, maintenir son indépendance face aux pressions politiques et éviter l'instabilité financière. Bien que l'approche mesurée de Powell ait jusqu'à présent permis d'éviter une crise, la vraie question est de savoir si la Fed n'est pas déjà trop tard pour éviter le prochain ralentissement économique.
Dans un monde d'incertitude, une chose est claire : la "pause" de la Fed n'est pas une mesure passive, c'est un jeu stratégique dans une partie à enjeux élevés où les enjeux ne sont rien de moins que la stabilité de l'économie mondiale.